En utilisant ce site, vous acceptez que les cookies soient utilisés à des fins d'analyse et de pertinence     Oui, j'accepte  Non, je souhaite en savoir plus
Posté le Wednesday 20 November 2013 |
Natacha Seguin |

Les priorités syndicales au sommet climatique mondial (en direct de Varsovie)

Tandis que la Pologne accueille et préside la 19ème Conférence des Parties sur les changements climatiques (CoP19) ainsi que la conférence de l'association mondiale pour le charbon, que l'Australie signataire du Protocole de Kyoto débat de la suppression de sa politique climatique, que le Japon propose des engagements de réduction des émissions de CO2 très en deçà des attentes de la communauté internationale, la phase des discussions techniques autour de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) s'achève et laisse la place aux discussions politiques.

 Pour la centaine de syndicalistes accrédités par les Nations Unies à suivre, comme observateurs, la CoP19 (cf. le blog développement durable de la CGT, pour des informations détaillées au jour le jour), plusieurs points qui seront discutés par les Ministres et leurs représentants doivent faire l'objet d'une attention particulière.  

L'absence d'engagements chiffrés en matière de réduction des émissions

La première période d'engagement du Protocole de Kyoto s'est achevée le 31 décembre 2012. La seconde a  commencé le 1er janvier 2013 pour s'achever fin 2020. Les pays qui ont accepté de s'engager de manière contraignante à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pour la seconde période ne représentent que 15% des émissions mondiales et n'ont toujours pas ratifié leurs objectifs chiffrés pour la période qui s’ouvre. Les ONG, afin d’essayer de débloquer la situation et d’accélérer les décisions pour l'après 2020, leur ont suggéré d'abandonner l'idée de projections fixant des réductions à un horizon donné pour réfléchir plutôt en termes de trajectoire, d’ici 2050. Au sein de la délégation de l'Union Européenne, les avis sont partagés sur les objectifs globaux de l’Union et sur leur répartition nationale. Ainsi, les pays non visés à l'Annexe 1 de la CCNUCC, ceux qui ne sont pas les pays les plus anciennement industrialisés et qui ne sont pour l'instant pas concernés par la réduction des émissions au titre du principe de "responsabilité partagée mais différenciée", surveillent de près la manière dont l'Union Européenne traitera le cas de la Pologne dans le cadre de ses objectifs globaux. En effet, en 1997, lors de la signature du Protocole de Kyoto, la Pologne, comme les autres pays en transition est-européens, a reçu en échange de son engagement dans le Protocole des "unités de quantité attribuée" (UQA), pour un montant généreusement supérieur à ses émissions réelles. Elle a donc atteint largement et sans effort réel d'atténuation ses objectifs de réduction. Les "UQA" qu'elle stocke et qu'elle peut revendre sont appelés "air chaud". Sur le papier, tout va bien pour la Pologne en termes de respect des émissions autorisées, sans que son impact sur l’atmosphère ait réellement diminué. Les Etats les plus vulnérables le savent, l'Union européenne feint de l'ignorer.

Financement : une stratégie en forme de matriochka 

Comme les discussions sur le financement de la lutte contre les changements climatiques traînent en longueur, la stratégie des groupes qui alertent sur les conséquences immédiates et à venir n'est pas de proposer un nouveau mot mais une nouvelle "boîte" (pour reprendre l'expression d'un des négociateurs français), concernant la compensation des "pertes et dommages". En effet, ni le fond vert, ni le fond mondial pour l'environnement, ni les financements de long terme, qui sont les mécanismes prévus par la CCNUCC pour financer les mesures d'atténuation (réduction des émissions) et d'adaptation face au changement climatique ne sont abondés à hauteur des promesses faites par les pays riches. Les pays particulièrement vulnérables (notamment les petites îles) et certaines ONG ont proposé lors d'une CoP une nouvelle catégorie pour prendre en compte l’impact des changements, celle des pertes et dommages immédiats. Pour l’instant, il s'agit principalement de définir ce qui entre dans le champ de leur définition. La discussion n'est pas neutre car elle recouvre une interrogation à la fois "philosophique" et économique. Les pertes et dommages relèveront-ils de la charité ou au contraire s'agira-t-il de compenser l'irresponsabilité des pays qui tardent à s'engager sur l’atténuation et à financer l’adaptation ? Les juristes se penchent méticuleusement sur chacun des termes utilisés dans les textes de discussion. Le terme "compensation" étant jugé inacceptable, l’alliance des Etats les plus vulnérables parle de "redress mechanism" ("mécanisme de réparation"). Une fois le champ défini, se poseront comme pour les autres mécanismes financiers des questions cruciales : notamment la nature des fonds (publique ou privée), leur conditionnalité ou non au respect de certains principes (transparence, prévisibilité, durabilité), leur non-substitution aux financements d’autres projets de développement.

Ne pas oublier, au cours du périple de Durban à Paris, les aspirations syndicales à une  transition écologique juste et au travail décent

Avant la Conférence de Durban (CoP17) en 2011, nul ne pouvait dire ce qu'il adviendrait des engagements universels en matière de lutte contre les changements climatiques pour l'après 2020. La CoP17 a débouché sur la création d'un Groupe de travail spécial sur la Plate-forme de Durban pour une action renforcée (en matière de lutte contre les changements climatiques), baptisé ADP dans le déroutant jargon onusien.  Ce groupe de travail a pour objectif d'aboutir en 2015  à la signature d'un accord pour l'après 2020. La feuille de route de l'ADP n'est guère précise. Il s'agit d'un "processus visant à élaborer un protocole, un autre instrument juridique ou un résultat convenu ayant force juridique, applicable à toutes les Parties". Cette dernière clause est la plus importante. Pour que les pays riches maintiennent leurs efforts, pour que ceux d’entre eux ne souhaitant pas s'engager à une diminution de leurs émissions (dont les Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur) acceptent de réfléchir à d'hypothétiques promesses, ces pays ont obtenu que le principe de "responsabilité partagée mais différenciée" soit atténué : ils feront simplement du mieux qu’ils pourront. La Pologne, puis le Pérou et la France, qui accueilleront les CoP suivantes, doivent piloter un processus dont l'objectif est que "toutes les Parties fassent le maximum d'efforts en faveur de l'atténuation." Pour les organisations syndicales, l'objectif est également que les notions de travail décent et de transition juste, récemment intégrées dans le texte de la CCNUCC changent de statut, en quittant le chapitre des "mesures de riposte" pour être inscrites dans une partie plus opérationnelle du texte.

 

De Varsovie (CoP19) à Paris (CoP21), en passant par Lima (CoP20), le chemin est semé d'embûches.

Aucun commentaire
Laissez votre commentaire

Inscrivez-vous à la newsletter du Centre Etudes & Prospective 

* : 
* : 
 : 
* : 
 : 

Conformément au Règlement Général sur la Protection des Données Personnelles (RGPD) n° (UE) 2016/679 du 27 avril 2016, mis en application le 25 mai 2018, vous disposez d'un droit d'accès et de rectification aux informations qui vous concernent, en adressant un mail à caroline.olivier@groupe-alpha.com.
* : champ obligatoire