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Posté le Thursday 14 November 2013 |
Florine Martin |

La formation des demandeurs d'emploi : un remède miracle pour lutter contre le chômage ?

Co-existence d’un taux de chômage record et d’un nombre élevé d’emplois non-pourvus. Il peut être tentant de se dire qu’il suffit de former les demandeurs d’emploi pour qu’ils puissent occuper les emplois vacants. Mais est-ce si simple ?

Le rapport du Conseil d’Orientation pour l’Emploi publié en octobre 2013, qui porte sur la thématique des emplois vacants et des difficultés de recrutement tente de définir et de chiffrer les besoins de recrutement. Ceci n’est pas si évident qu’il n’y parait tant les sources et les méthodologies de collecte des données sont variées. Néanmoins, les auteurs du rapport estiment que le nombre de besoins de recrutement qui seraient abandonnés chaque année faute d’arriver à trouver un candidat en adéquation avec le poste vacant s’élève, au minimum, à 400 000. Dans le même temps, le taux de chômage en France frôle la barre des 11% au deuxième trimestre 2013 (Source : INSEE). C’est dans ce contexte économique que la formation professionnelle des demandeurs d’emploi est entrée au cœur du débat public actuel et devenue un des enjeux majeurs des négociations concernant la réforme de la formation professionnelle qui viennent de s’ouvrir entre les partenaires sociaux.

L’objectif gouvernemental : une formation pour la moitié des demandeurs d’emploi

Le rapport publié par l’Inspection Générale des Affaires Sociales au cours de l’été 2013 pointe les défaillances du système actuel de formation des demandeurs d’emploi : absence d’évaluation de la qualité des formations et des organismes qui les dispensent, manque de ressources, notamment humaines pour conseiller les demandeurs d’emploi dans la construction de leur projet de formation, lourdeur des tâches administratives qui engendre un allongement des délais de prise en charge, multiplicité des acteurs, … Ces défaillances sont accusées d’avoir pour conséquence que seule une faible part des demandeurs d’emploi accède à une formation au cours de leur épisode de chômage (entre 10 et 20% selon les sources et les modes de calcul). Ceci alors même que le Gouvernement, dans le cadre de son plan d’urgence annoncé à l’issue du sommet social de juin 2013, s’est donné pour objectif d’ouvrir 30 000 formations permettant d’occuper des emplois non-pourvus et que la proportion de demandeurs d’emploi formés atteigne les 50%. Dans ce contexte, on peut se demander si la formation à trop grande échelle des demandeurs d’emploi est vraiment la solution miracle pour faire baisser efficacement les chiffres du chômage. En effet, étant en catégorie D selon la classification des demandeurs d’emploi établie par Pôle Emploi, les stagiaires de la formation professionnelle ne sont plus comptabilisés dans les chiffres du chômage annoncés mensuellement. Ainsi, envoyer un grand nombre de demandeurs d’emploi en formation fait mécaniquement baisser le taux de chômage.

Beveridge (économiste anglais du début du 20ème siècle travaillant sur les questions de protection sociale et de plein-emploi) montre que la concomitance de difficultés de recrutement et d’un nombre élevé de demandeurs d’emploi est le révélateur de l’existence de défaillances dans le fonctionnement du marché du travail dans la mesure où l’appariement entre l’offre et la demande d’emplois se fait difficilement (cf courbe de Beveridge montrant une relation hyperbolique et décroissante entre le taux d’emplois vacants et le taux de chômage). Ainsi, dans une logique adéquationniste, il peut paraître évident de se dire que LA solution réside dans le fait de former les demandeurs d’emploi afin qu’ils disposent des compétences leur permettant d’occuper les emplois pour lesquels les employeurs rencontrent des difficultés de recrutement importantes et qu’ils renoncent à pourvoir. C’est d’ailleurs une des solutions phares du rapport du COE.

Un lien emploi-formation mitigé

Cependant, le rapport de l’IGAS indique que l’impact de la formation sur les demandeurs d’emploi est plus mitigé que ce que l’on pourrait penser de prime abord, reprenant les résultats issus de différentes études économétriques récentes (par exemple Crépon, Ferracci, Fougère en 2012 ou Ferracci, Jolivet, Van den Berg en 2010). Ainsi, réaliser une formation conduit, à court terme, pour le demandeur d’emploi à accroître la durée passée au chômage. Ceci s’explique notamment par les délais qui peuvent être parfois longs pour accéder à une formation (date de session éloignée, délai de validation du projet de formation, …). De plus, lorsque le demandeur d’emploi suit une formation, le plus généralement, il stoppe sa recherche active d’emploi. Former les demandeurs d’emploi peut également être source d’externalité négative. On parle ainsi de phénomène de liste d’attente : pour une offre d’emploi, les chômeurs formés vont prendre la place des chômeurs non formés, ce qui n’aura donc pas d’impact global sur les chiffres du chômage. De plus, plus la part de personnes formées dans un territoire est élevée et plus le gain individuel tiré de la formation est faible. Néanmoins, on peut aussi s’imaginer qu’un recruteur sera plus enclin à ouvrir des postes pour lesquels il saura qu’il ne rencontrera pas de difficulté à les pourvoir rapidement.

Si former les demandeurs d’emploi au cours de leur période de chômage n’améliore à priori pas leur vitesse de retour à l’emploi, les bénéfices ne sont néanmoins pas nuls d’un point de vue individuel. La formation des demandeurs d’emploi permet notamment d’accroître leur employabilité future et de sécuriser davantage les parcours professionnels. En effet, l’emploi retrouvé à l’issue d’une formation est généralement plus stable. De plus, le suivi d’une formation permet au demandeur d’emploi qui en bénéficie de rester actif et socialisé durant sa période de chômage, de même cela favorise l’acquisition de compétences transverses ainsi que la constitution d’un réseau professionnel.  

Le lien entre formation des chômeurs et retour à l’emploi est relativement ténu, notamment d’un point de vue quantitatif et il semble qu’aujourd’hui toutes les conditions ne sont pas réunies pour que le rendement de la formation soit maximal : faible dynamique au niveau des offres d’emploi, pas de consensus autour de l’identification des thématiques de formation prioritaire, … Dans ce contexte, on peut émettre des doutes quant à l’efficacité réelle d’une mesure gouvernementale visant à former un grand nombre de demandeurs d’emploi.

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