> éditorial
par Pierre Ferracci | Juin 2008
Le dialogue social en danger
L’accord sur la modernisation du marché du travail de Janvier 2008, première étape, selon certains, d’une « flexisécurité » à la française, la position commune signée par la moitié des partenaires sociaux sur les questions de représentativité, les premières tentatives de recomposition du paysage syndical qui en découlent, laissaient augurer une transformation en profondeur des relations du travail et du dialogue social au cours de cette année 2008.
Les négociations à venir sur les retraites, la GPEC, la formation professionnelle, l’assurance chômage et, sans doute, le financement du paritarisme, étaient autant de rendez-vous importants pour établir de nouveaux équilibres, rénover et renforcer un modèle social un peu vieillissant.
Il est à craindre que l’irruption brutale, dans ces débats aussi variés que complexes, du thème des 35h et de la durée du travail ne perturbe gravement un processus qui, malgré les difficultés et les divergences au sein du monde syndical comme du côté patronal, s’avérait prometteur.
L’extraordinaire confusion qui en découle déjà va sans doute donner du grain à moudre aux partisans de l’immobilisme et du conservatisme comme aux tenants d’un modèle ultra-libéral qui s’accommode mal des enjeux de sécurisation, contrepartie essentielle aux besoins d’une souplesse nouvelle dans le fonctionnement du marché du travail. Cette confusion est également porteuse d’une division syndicale accrue qui, s’ajoutant aux péripéties qui agitent la sphère patronale, ne va pas faciliter les nécessaires transformations du dialogue social et de la pratique de la négociation.
Certains diront qu’il s’agit là d’un passage obligé compte tenu de l’importance des défis qui sont devant nous.
Certes, personne ne s’attend à naviguer sur des eaux tranquilles. Mais on ne peut vanter les mérites d’un dialogue social de qualité, s’appuyant sur des acteurs à la légitimité renforcée, disposant de moyens accrus, sans réfléchir attentivement aux modalités de la réforme, à la qualité de la conduite du changement qui s’impose à un Etat comme à une entreprise. Les contraintes, bien réelles, qui pèsent sur les finances publiques ne facilitent pas la tâche. Mais elles sont une raison supplémentaire de soigneusement réfléchir à la méthode, surtout lorsque l’on sait que certaines réformes, celles du Service Public de l’Emploi, par exemple, nécessitent un effort financier non négligeable, si l’on veut, demain, en attendre une efficacité accrue du marché du travail et un impact favorable sur les finances publiques.
A vouloir aller trop vite, sans prendre le temps du diagnostic partagé et du débat contradictoire, on prend le risque de se priver des réformes les plus efficaces : celles qui atteignent d’autant plus vite leurs objectifs qu’elles font l’objet d’un minimum de consensus, à défaut de mettre tous les acteurs d’accord.

