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Dépêches AFP

Recherche: le Cese étrille un projet de loi déjà vivement critiqué


Déjà très contesté dans la communauté scientifique, le projet de loi pluriannuel pour la recherche a été étrillé mercredi par le Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui ne le juge "pas à la hauteur" pour redonner du souffle à un système fragilisé.

Le projet de loi "LPPR" promet un investissement "totalement inédit" de 25 milliards d'euros sur dix ans, a plaidé la ministre de la Recherche Frédérique Vidal devant les membres du Cese, saisi en juin et dont l'avis, consultatif, est nécessaire avant la présentation du texte en Conseil des ministres le 8 juillet.

Son ambition: donner de la visibilité et des moyens à la recherche française pour rester dans la compétition mondiale, alors que le pays "décroche dans le top 10 mondial", du fait d'un sous-investissement chronique, a souligné la ministre. Et "repositionner" la France dans la trajectoire financière fixée il y a 20 ans par la stratégie de Lisbonne, qui est de consacrer 3% du PIB à la recherche - objectif déjà atteint, voire dépassé par plusieurs de ses voisins.

Mais pour le Cese, le projet "n'est pas à la hauteur des défis considérables auxquels notre pays doit faire face", notamment au regard de la crise sanitaire du Covid-19 qui a révélé les vulnérabilités de la Recherche.

"Peut-on soigner un système avec les outils qui l'ont rendu malade ?", s'interroge la troisième assemblée de la République, qui s'alarme du "caractère très préoccupant de la situation de la recherche publique française", et n'est "pas convaincue" que la LPPR "soit de nature à inverser la tendance".

"Ce qui est proposé est très insuffisant, ça n'est pas sérieux", a déclaré à l'AFP Sylviane Lejeune, rapporteure de l'avis du Cese au nom de la section des activités économiques, qui a auditionné de nombreux experts pour nourrir ses travaux.

La LPPR envisage une montée en charge progressive du budget annuel, pour qu'en 2030, il atteigne + 5 milliards d'euros en 2030 par rapport à 2020. Mais "il y aura seulement 400 millions d'euros en 2021, alors qu'on parle en milliards pour le plan de relance suite à la crise sanitaire !" a commenté Mme Lejeune.

- "Vision de court terme" -

Le gouvernement "fait en outre peser les efforts budgétaires annoncés essentiellement sur les deux quinquennats suivants", regrette le Cese selon lequel la LPPR "reporte une nouvelle fois l'objectif de 3%".

Il préconise que 6 milliards d'euros soient investis d'ici la fin du quinquennat.

L'assemblée s'en prend aussi aux modalités de financement, qui prévoit la distribution de l'enveloppe principalement par appels à projets, via l'Agence nationale de recherche (ANR).

Cette mesure est l'un des points durs de la contestation lancée en janvier par plusieurs syndicats et collectifs, qui avait jeté des milliers de chercheurs dans la rue en mars contre une recherche "sélective et compétitive" au détriment d'argent pérenne pour la recherche fondamentale. Rejoignant leurs critiques, le Cese y voit aussi une menace pour les crédits de base des laboratoires, déjà à la peine, et une vision de "court terme".

Sur le volet social, le Cese s'inquiète des nouvelles voies de recrutement parallèles envisagées. Il s'agit de "parcours de titularisation" à l'américaine destinés à attirer les jeunes scientifiques, leur permettant d'accéder à une titularisation au bout de six ans maximum.

Ces "chaires de professeurs juniors", ainsi que la mise en place de "CDI de mission scientifique", sont vus comme une "remise en cause des statuts", a relevé Sylviane Lejeune en séance plénière.

Le texte prévoit qu'à l'horizon 2030, "5.200 postes pérennes seront crées et trois fois plus de contractuels recrutés", relève le Cese qui "ne peut se satisfaire de cette contractualisation des emplois scientifiques" alors qu"un quart des effectifs de la recherche sont déjà non-permanents".

Frédérique Vidal, elle, fait valoir que 640 millions d'euros sur les sept prochaines années seront consacrés à la revalorisation des carrières, et que l'embauche des jeunes ne pourra plus se faire en-dessous de 2 Smic (contre 1,5 Smic actuellement).

"C'est une loi à hauteur d'homme, fruit de 18 mois de réflexions et de centaines d'heures de discussions et d'auditions", a défendu la ministre, qui doit encore recueillir l'avis de plusieurs organes avant le 8 juillet, en vue d'un débat au parlement en septembre.

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