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Opinions

Mieux relier formation et stratégie de l'entreprise

Mardi 4 octobre 2011


L’accord national interprofessionnel du 5 octobre 2009 et la loi de novembre 2009, portant réforme de la formation professionnelle, qui l’a suivi ont convergé sur la nécessité de renforcer les logiques partenariales et de favoriser le décloisonnement des approches en termes de formation professionnelle. Pierre FERRACCI, président du Groupe ALPHA, avait présidé, en 2008, le groupe multipartite sur la formation professionnelle. Près de deux ans après l’adoption de la loi sur la réforme de la formation professionnelle, quels regards porte-t-il sur sa mise en place dans les entreprises ?

 

Vous intervenez auprès des régions pour les accompagner dans la mise en place de leur CPRDFP*. Vous êtes amené ainsi à « refaire » de la formation professionnelle l’une de vos occupations principales. Diriez-vous que le constat est plus négatif dans les entreprises qu’en région ?

 

Pierre Ferracci : Les régions ont quasiment toutes adopté leur CPRDFP car elles y étaient tenues par un calendrier contraint. Les entreprises ne sont pas soumises à de telles obligations. Les modalités de l’information-consultation sont malgré tout désuètes au regard des enjeux soulevés par la formation dans les entreprises. Notre constat au Groupe ALPHA, rappelé par Carine Seiler dans votre papier de Une, est effectivement que le législateur, au moment de la réforme, aurait pu reprendre l’idée que le groupe multipartite que j’avais présidé avait proposée, selon laquelle la négociation prévue sur la GPEC engloberait le plan de formation. Il faut rapprocher, au travers d’un dialogue social enrichi, la stratégie de l’entreprise et sa stratégie RH, avec la déclinaison dans les programmes de formation qui en découlent. Cela suppose que la discussion du plan de formation soit reliée à celle sur la stratégie de l’entreprise et à ses incidences sur la gestion des personnes et de leurs compétences. Cela permettrait de redonner à la GPEC ses lettres de noblesse et de la détacher de son image actuelle. Ne nous leurrons pas, la GPEC est assimilée, même si certains accords sortent du lot, à la préparation à court terme des restructurations et des suppressions d’emplois. Les négociations GPEC englobent aujourd’hui trop de problématiques, au lieu de se concentrer sur deux enjeux essentiels : pérenniser l’efficacité des organisations et l’employabilité des salariés. Pour être pleinement efficace, la GPEC doit donc progresser sur deux points : l’articulation avec le plan de formation et son ancrage territorial. On est loin du compte, même si, sur les territoires, l’on constate des progrès notables dans le dialogue entre les partenaires sociaux et les régions.

 

Qu’est-ce qui fonctionnerait mieux selon vous ?

 

PF : L’absence de négociation dans l’entreprise, cumulée à un dispositif d’obligation légale décevant, a tendance à déresponsabiliser les acteurs sur un enjeu tout de même majeur pour la sécurisation des parcours professionnels. Il me paraît essentiel de revisiter le principe d’obligation légale généralisée : d’accord pour imposer des obligations pour les demandeurs d’emploi ou pour les salariés les plus fragiles pour lesquels les entreprises ne vont pas spontanément mobiliser des ressources ; non pour les généraliser sur des enjeux pour lesquels l’obligation ne sert à rien, sinon à éviter un dialogue plus riche entre les acteurs. L’idée, énoncée par l’ANI de 2003, d’obligations conventionnelles au niveau des branches me semble toujours intéressante, même si la dernière loi n’a pas fait bouger les lignes sur ce plan. Je suis aussi favorable à une politique plus incitative, négociée, responsabilisante. Je ne suis pas de ceux qui pensent que l’effort de formation en pâtira. Au contraire, cela permettra, peut-être, de concilier les ressources supplémentaires qu’il faut mobiliser pour les chômeurs ainsi que pour les actifs en difficulté et le maintien, voire l’augmentation, des efforts de qualification pour tous les autres.

 

Lors de la préparation des CPRDFP, notamment celui de la Région PACA, auxquels vous avez été associé, vous avez insisté sur la démarche partenariale, quitte à faire travailler ensemble des acteurs peu habitués à le faire. L’entreprise pourrait-elle réussir à relever ce défi ?

 

PF : Le contexte est difficile. Nous venons de subir une crise d’une intensité inégalée, avec des répercussions très lourdes en termes d’emploi et, sans doute, de compétitivité de nos entreprises. Cela étant, nous sommes parvenus, lors des missions que vous évoquez, à mettre autour de la table l’Etat, les régions, les organisations syndicales et le patronat. Pour aboutir, par exemple en Région PACA, dans des délais extrêmement contraints, à un document adopté à l’unanimité. Si c’est possible sur les territoires, cela peut l’être également dans les entreprises. Et je rappelle volontiers que, s’il y a eu unanimité sur le document final, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de désaccords sur de nombreux points ! Il importe à mon sens, en région comme dans les entreprises, d’aller à fond sur tout ce qui fait convergence et de mettre sur la table tout ce qui fait problème. Sans arrière-pensées ni états d’âme. C’est la meilleure façon de trouver de bons compromis, utiles pour les différentes parties et respectueux de leurs convictions.

 

* Contrat de plan régional de développement des formations professionnelles

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