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Dépêches AFP

Loi recherche: une réforme très attendue, des espoirs déjà déçus


Remettre la France sur les rails de la compétition scientifique mondiale: telle est l'ambition du projet de loi recherche examiné lundi au Parlement. Très attendu après des années de sous-investissement, il suscite d'ores et déjà beaucoup de déception. Tour d'horizon des enjeux et des points qui fâchent.

Quel est l'état de la recherche publique ?

La France figure parmi les grandes nations scientifiques. Elle compte des chercheurs au sein des meilleures équipes mondiales. Mais sa position est fragilisée et "nous arrivons à un point de bascule où le risque de décrochage devient réel face à la Chine, la Corée du Sud, l'Allemagne et les pays anglo-saxons", a averti la ministre de la Recherche, Frédérique Vidal, devant les députés en commission.

Un classement pointe notamment le glissement du rang de la France au sein des pays de l'OCDE les plus performants dans la recherche. La raison ? Un "assèchement structurel des financements" depuis une vingtaine d'années, selon le ministère de la Recherche. En 2000, la "stratégie de Lisbonne" de l'Union européenne avait fixé pour objectif 1% du PIB consacré à la recherche publique pour chaque pays. La France n'y est pas (0,7%), contrairement aux pays européens leaders.

Ce tarissement a entraîné une perte d'attractivité des métiers de la recherche publique, souvent "aspirés" à l'étranger, et une érosion des rémunérations.

Que prévoit la loi ?

Le gouvernement veut redonner du souffle au système, en lui donnant "du temps, des moyens et de la visibilité".

La LPPR (loi de programmation pluriannuelle de la recherche) prévoit d'y injecter 25 milliards d'euros sur 10 ans, par "marches" progressives, pour qu'en 2030, son budget annuel passe de 15 à 20 milliards d'euros.

L'investissement bénéficiera principalement à la recherche par appels à projet, via un renforcement des moyens de l'Agence nationale de la recherche (ANR). Actuellement, trop peu de projets sont retenus (16%) et la LPPR vise un taux d'acceptation de 30%, pour se rapprocher des standards européens.

Deuxième axe: susciter une "nouvelle donne" sociale. Plus aucun recrutement ne se fera à moins de 2 Smic, contre 1,3 actuellement.

De nouvelles voies de recrutement sont instaurées, notamment des "chaires de professeurs junior": un contrat de trois à six ans, permettant à son terme d'intégrer, plus directement qu'actuellement, le corps des professeurs des universités ou directeurs de recherche.

Un "CDI de mission scientifique" verra aussi le jour, alignant la durée du contrat sur celle du programme de la recherche.

Quelles sont les critiques ?

Attendue de longue date, la LPPR a déçu la communauté scientifique (syndicats, collectif des "Facs et labos en lutte", instances consultatives, sociétés savantes....)

Première critique: l'étalement des 25 milliards d'euros sur dix ans. "Aucune loi de programmation pluriannuelle n'est jamais allée au-delà de sept ans", relève le député LR Philippe Hetzel, qui redoute que les quinquennats suivants ne respectent pas les engagements donnés.

Et les premières enveloppes sont jugées trop faibles. Or, "c'est maintenant qu'il faut donner un coup de pied au fond de la piscine. Sinon, on risque d'accélérer le décrochage", s'inquiète Franck Loureiro, du Sgen-CFDT.

C'est aussi la philosophie même de la loi qui fait polémique. L'orientation des financements vers les appels à projet fait craindre l'avènement d'une recherche "sélective", "au détriment des financements pérennes des laboratoires et de la liberté académique", fustige Sophie Pochic, de la FSU Recherche.

"C'est bien que l'Etat puisse flécher des thématiques importantes, comme l'écologie ou le numérique. Mais s'il n'y a que des appels à projets, la France se prive d'innovations à venir, car la recherche a aussi besoin de temps long", abonde Franck Loureiro. "La plupart des grandes découvertes se sont souvent faites par hasard".

Autre point de crispation: les voies parallèles de recrutement, dont les syndicats craignent qu'elles ne fassent "exploser" la précarité. Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) regrette que seulement "5.200 postes pérennes" soient créés à l'horizon 2030 "et trois fois plus de contractuels recrutés", alors qu'"un quart des effectifs sont déjà non-permanents".

Que répond le gouvernement ?

La ministre défend une "programmation réaliste", alors que les programmations "idéales" du passé n'ont fait que "remplir de pleines étagères".

Une loi de programmation engendre "une dynamique difficilement réversible", estime le ministère: "le jour où un gouvernement voudra revenir dessus, il devra l'assumer devant la représentation nationale".

Sur la progressivité des sommes, il table sur un "système vertueux". "Pour un laboratoire, avoir des marches sur le long terme permet de se projeter. Et si vous saturez l'enveloppe dès le début, vous n'injectez pas de nouveauté au fil des ans", ajoute-t-il.

Concernant les appels à projet et l'ANR, Mme Vidal insiste: "il n'y a pas de grande nation scientifique sans grande agence de financement". La future loi promet en outre de doubler la part du financement revenant non pas au seul "gagnant" du projet, mais à son équipe. Ce qui renflouera directement les laboratoires.

Enfin, les chaires de professeurs junior ne "viendront pas prendre sur les postes" existants, car ce sont "des postes en plus", assure la ministre. Et ils ne sont pas obligatoires.

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