Dépêches AFP
Microcrédit: quand un internaute français devient le banquier de son voisin
Il y a un an, la loi a autorisé les particuliers à prêter de l'argent à des créateurs d'entreprise en France, ouvrant la voie à une nouvelle forme de microcrédit basée sur la proximité. Une formule gagnante aux yeux des bénéficiaires, mais aussi des prêteurs.
Avant janvier 2011, seules les ressources bancaires constituaient, pour l'essentiel, les moyens de financement des associations de microcrédit en France.
Désormais, les Français peuvent financer ces activités, notamment via des plate-formes internet dont l'objet était auparavant limité au financement de projets dans les pays du Sud.
Mais, pour l'instant, un seul partenariat a été conclu, entre l'Adie (Association pour le droit à l'initiative économique), l'une des principales pourvoyeuses de microcrédit en France, et Babyloan, qui se présente comme la première plate-forme européenne de microprêts solidaires.
Le principe est simple: les internautes choisissent sur le site de Babyloan le ou les projets qu'ils souhaitent parrainer en se fiant à un descriptif. Ils réalisent ensuite leur prêt en ligne (au minimum 20 euros), qui leur sera remboursé, au fil des mois, sans intérêt.
"Quand on s'est lancé il y a trois ans, il y avait une forte demande des internautes pour financer des projets en France", indique le PDG de Babyloan, Arnaud Poissonnier. "La crise économique s'accentuant, les Français voulaient aussi aider près de chez eux", explique-t-il.
Avec un taux de réinvestissement dans d'autres projets d'environ 70% et des prêts moyens de 100 euros, la croissance des prêts est exponentielle.
"A moyen terme, cela pourra constituer des ressources stables pour l'Adie", souligne son directeur général Emmanuel Landais.
En un an, une cinquantaine de projets ont déjà été financés en France de cette façon. Encore une goutte d'eau par rapport aux 12.300 microcrédits octroyés par l'Adie. "Mais, dès qu'un projet est mis en ligne, il trouve tout de suite des financeurs", souligne Arnaud Poissonnier.
Thomas, 27 ans, collaborateur d'élu aux Lilas (Seine-Saint-Denis), fait partie des 685 internautes ayant soutenu des projets en France. Après avoir prêté à deux femmes, en Equateur et au Togo, il a choisi d'aider Ali, un jeune demandeur d'emploi dans le sud de la France, qui veut développer des produits de puériculture bio.
"Même en France, tout le monde n'a pas accès au système bancaire", observe Thomas, qui a le sentiment de "faire facilement un geste citoyen". "Cela ne me rapporte rien, mais ça ne me coûte pas beaucoup non plus."
Pour assurer son fonctionnement, Babyloan demande une contribution de deux euros aux internautes, par tranche de 100 euros prêtés.
Marie-Eve, 35 ans, qui vient elle-même de créer une entreprise près de Nantes (Loire-Atlantique), a déjà soutenu 70 projets sur le site, dans le monde puis en France, dès que la loi l'a permis.
"Le chômage, il est au coin de la rue", témoigne-t-elle. "Plutôt que d'avoir de l'argent qui dort dans une banque, ça a plus de sens de le prêter à des entrepreneurs. Je sais que ça peut changer une vie", dit-elle.
"Pouvoir prêter en France, c'est très concret, ce sont des gens que l'on peut croiser au coin de la rue", ajoute-t-elle.
Comme Delphine, 21 ans, qui a bénéficié d'un prêt de 1.500 euros pour lancer son entreprise de coiffure à domicile à Angers (Maine-et-Loire). "Les banques ne me suivaient pas, j'ai entendu parler de l'Adie par la chambre des métiers", raconte-t-elle.
Sur le site de Babyloan, elle a pu suivre en direct l'évolution du financement de son projet. "C'est motivant, on sent que des gens sont derrière nous et qu'ils nous soutiennent", témoigne-t-elle.



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