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Dépêches AFP

Retraites: bataille acharnée en vue dans l'arène de l'Assemblée


C'est le vrai début des hostilités à l'Assemblée: la réforme des retraites arrive lundi dans l'hémicycle, où la majorité compte défendre un système "plus solidaire", la gauche torpiller un projet "injuste" à coup d'amendements, et la droite incarner "une troisième voie".

Sous la pression de la rue, mobilisée depuis le 5 décembre, et une nouvelle "journée morte" prévue par les syndicats dans les transports lundi, les députés vont rentrer dans le vif de ce projet hautement sensible visant à créer un "système universel" de retraite par points, fruit d'un engagement de campagne d'Emmanuel Macron.

L'examen inachevé cette semaine en commission pour cause d'avalanche d'amendements des députés LFI, un fait inédit après 75 heures de dialogue de sourds, n'était qu'un préambule.

Le calendrier sera-t-il cette fois tenable alors que 41.000 amendements ont été déposés, encore davantage que les 22.000 en commission?

Pour l'heure, 15 jours de débats sont prévus, soit 84 heures. Mais "le tir n'est jamais sûr", a reconnu le président de l'Assemblée Richard Ferrand (LREM), qui devrait présider une bonne partie des débats.

Le gouvernement, représenté par le secrétaire d'Etat Laurent Pietraszewski et la ministre Agnès Buzyn, table toujours sur une adoption en première lecture avant les municipales, et espère un feu vert définitif "d'ici l'été" sur les deux textes (ordinaire et organique).

Il faut "gagner la bataille des retraites", a martelé Emmanuel Macron devant ses troupes en début de semaine, appelant les députés de la majorité à "vendre" cette "réforme de justice" même s'ils "catalysent" la violence, avec des attaques sur les réseaux sociaux ou des dégradations de permanences.

"C'est faux de dire qu'il faut encore du débat. Ça dure depuis deux ans", a-t-il jugé.

Face à l'obstruction des insoumis qui comptabilisent à eux seuls 23.000 amendements, les responsables de la majorité martèlent qu'un recours au 49-3, arme de la Constitution qui permet l'adoption sans vote "n'est pas l'objectif", mais des "marcheurs" ne l'excluent pas si le débat est "clairement impossible".

"Totalement impensable" a prévenu LR. Ce serait même "du délire" pour le numéro un de la CFDT Laurent Berger.

Mais les oppositions ont prévenu que le texte ne passerait pas "comme une lettre à la poste".

Les quelques signaux envoyés en commission pour les enseignants ou avocats n'ont pas convaincu. S'y ajouteront de nouveaux amendements annoncés cette semaine sur la pénibilité ou les droits familiaux.

- "Vent d'obstruction" -

Droite comme gauche dénoncent un "mépris" du Parlement et un projet "nébuleux" et "à trous", avec notamment la trentaine d'ordonnances programmées.

Les trois groupes de gauche - PS, PCF et LFI - qui dénoncent un "amateurisme coupable" du gouvernement, tablent en plus des amendements (près de 37.000 à eux trois) sur une motion référendaire lundi, voire une motion de censure, des étapes qui vont ralentir les débats.

Le patron des insoumis Jean-Luc Mélenchon qui revendique "une victoire" en commission, a promis une "noria" de son groupe afin "d'enfoncer la ligne de défense macroniste". Le PCF, qui juge la réforme "bien pire" que ce qui avait été annoncé, ne sera pas en reste, comme le PS qui espère dans le même temps un "débat approfondi".

LR fustige comme eux "l'impréparation" du gouvernement et estime que pour le financement "on marche sur la tête". Le vote de la réforme est programmé avant les conclusions de la conférence de financement, censée trouver d'ici avril des mesures permettant d'atteindre l'équilibre en 2027.

Côté majorité, où l'on dénonce le "sketch" des insoumis, on affiche la volonté de faire aboutir cette réforme "de progrès social", "contre vents d'obstruction et marées d'amendements".

"On s'est organisés pour durer", indique à l'AFP le co-rapporteur Jacques Maire (LREM), une source parlementaire tablant sur le fait que l'opposition va "mettre du bazar" les premiers jours mais que cela ne durera pas.

Si le groupe soutient globalement la réforme, des interrogations ont émergé sur son impact budgétaire, et certains à l'aile gauche comptent faire entendre leur voix sur des sujets comme la pénibilité. Un "marcheur" prédit "un exercice de discipline collective forte".

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